02/10/2009

Le 02-10-09 - Jean-Claude Blanc, le "french dottore" de la Juventus

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Le patron de l'équipe turinoise depuis 2006 a imposé sa vision du business sportif, qui associe éthique et bénéfices. Un exploit, pour un Français qui, à son arrivée, ne connaissait pas grand-chose au monde du ballon rond.

Un patron français à la tête de la Juventus de Turin, l'un des clubs les plus titrés de l'histoire du football ? L'affaire n'est pas banale. Elle tourne à l'insolite quand on apprend que ledit patron, sans rien connaître des codes du ballon rond, de ses transferts faramineux, de ses agents occultes et de ses divas, a brillamment tiré le club de la deuxième division italienne, où l'avait relégué une sombre histoire de matchs truqués. L'an dernier, la Juve s'est même payé le luxe de terminer deuxième du championnat, et, chose rare en Italie, de gagner de l'argent.

Jean-Claude Blanc n'est pas homme à se laisser griser. Mais tout de même, dans l'intimité de la terrasse ombragée qui jouxte son bureau, au siège de la Juventus, un élégant hôtel particulier refait à neuf, il ne résiste pas au plaisir de raconter ses premières heures : "Je n'étais arrivé que depuis quelques semaines, et je me suis retrouvé à répondre, dans un italien plus qu'incertain, aux questions de journalistes déchaînés." Du jour au lendemain, ce patron discret qui, en France, a toujours pris soin d'oeuvrer dans l'ombre se retrouve sous les projecteurs. A la rédaction de La Repubblica, à Turin, Manuele Gambi se souvient de sa nomination, en juin 2006 : "On a eu toutes les peines du monde pour dénicher une photo. On a finalement trouvé un cliché pris à Roland-Garros. Deux personnes y figuraient, sans qu'on sache laquelle était Jean-Claude Blanc. On a choisi au hasard. C'était la bonne." Depuis lors, Jean-Claude Blanc est abonné aux manchettes des journaux, on lui donne du dottore quand on le croise dans la rue, et, les soirs de match, il n'est pas rare de le voir à l'écran donner l'accolade aux stars du club turinois, Trezeguet, Del Piero ou Buffon.

Au siège d'Exor, holding de contrôle de la famille Agnelli, actionnaire de Fiat, de La Stampa et de la Juve, le jeune héritier John Elkann justifie posément le choix de Jean-Claude Blanc : "La Juventus traversait alors une grave crise, nous avons pensé que c'était le moment pour changer. Nous voulions créer une rupture avec le passé." Exit il padrone, le patron de foot à l'italienne, arrogant et tout-puissant. Les deux hommes s'étaient rencontrés quelques mois plus tôt, à l'occasion d'un réveillon entre amis, à Marrakech. Ils avaient longuement discuté des valeurs du sport, avant de se revoir plus tard, à Paris. Les liens qui unissent les Agnelli à Jean-Claude Killy, membre du Comité international olympique et père spirituel de Jean-Claude Blanc, ont fait le reste. L'organisation des Jeux d'hiver de Turin, en 2006, c'est un peu l'oeuvre de Fiat.

Jean-Claude Killy, l'ancien skieur trois fois médaillé d'or, est le premier à avoir détecté le professionnalisme du jeune Savoyard. Fraîchement sorti de Sup de Co, ce dernier était venu frapper à la porte du comité d'organisation des JO d'Albertville, en 1986 : "En quelques jours, se rappelle le champion, j'ai découvert quelqu'un d'extrêmement entreprenant, un travailleur infatigable. Il a à la fois une vision globale du business et le souci du détail." La cérémonie de clôture des Jeux d'Albertville à peine achevée, Killy invite Blanc à le suivre au sein du Groupe Amaury, aux côtés d'un certain Alain Krentowsky. Tous deux seront ses mentors. Mais Jean-Claude Blanc décide de terminer d'abord ses études. A-t-il perçu dès ce moment que le business du sport, en plein essor, allait monter en puissance et manquer cruellement de têtes bien faites ? "On l'a laissé partir à Harvard. Pendant ses congés, il revenait travailler sur le Paris-Dakar et le Tour de France. Puis il a tenu parole, il nous a rejoints avec son MBA en poche", raconte Marie-Odile Amaury, qui préside aux destinées du groupe.

Dans les années 90, la Killy connection révolutionne le marketing sportif. Dans l'ombre de ses deux parrains, Jean-Claude Blanc apprend beaucoup et démontre une vraie capacité d'écoute et de synthèse. Avant d'agir, il observe et prend ce qu'il y a de meilleur. Peu de temps avant les Jeux d'Albertville, n'était-il pas parti aux Etats-Unis pour voir la façon dont Los Angeles avait organisé les JO d'été en 1984, les premiers à avoir été bénéficiaires ? Il y a deux ans, à l'occasion du tirage au sort pour la Coupe du monde 2010, Jean-Claude Blanc croise Christophe Bouchet à Durban, en Afrique du Sud. L'ancien patron de l'Olympique de Marseille, devenu directeur général de Sportfive, se rappelle : "On a discuté, partagé nos expériences. Il n'était pas du tout donneur de leçons, au contraire : je l'ai senti très soucieux de comprendre."

10:15 Écrit par ☆★ JUVENTUS-1897 ★☆ dans Actualité Juve | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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